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Quelle place pour les citoyens dans les politiques de finance solidaire ?

Les initiatives se multiplient pour construire avec les acteurs de l’économie solidaire les modalités de mise en œuvre de sa propre politique de soutien à l’économie solidaire. Cet article vise à proposer des modalités d’accompagnement de micro-initiatives économiques soucieuses d’un développement durable. Leur capacité d’innovation et de transformation culturelle est fortement liée à leur capacité à prendre des risques. C’est à ce titre que nous avons été amenés à nous intéresser aux modalités d’accompagnement de la prise de risque.

Nous avons pu constater que l’accès au financement seul (subventions publiques, fonds d’amorçage, garanties bancaires, etc.), s’il était souvent déterminant, pouvait avoir plusieurs effets contre productifs. Tout d’abord, ces financements reposent essentiellement sur des mécanismes de dons, ou assurantiels (garanties publiques, solidaires) qui peuvent avoir un effet de déresponsabilisation vis à vis du gérant. Par expérience, dans ce contexte l’exploitation est plus assurée par une remobilisation des partenaires publics et solidaires plutôt que par le développement de l’activité. De plus, si le risque financier est souvent garanti, la gestion du risque est assumée par le seul entrepreneur. Et en cas d’échec ou d’un développement au prix d’une perte d’identité, il est le seul à en porter la responsabilité. A travers le capital risque solidaire, nous recherchons cette articulation entre une capacité à prendre des risques sur la durée, une exigence de retour sur investissement et une mutualisation de la manière dont les tensions liées au développement vont être gérées et assumées.

La finance solidaire serait-elle un secteur particulier des marchés financiers ?

A travers la finance solidaire, apparaît la question de la mutualisation du risque. Cette mutualisation du risque se traduit par des rapports de forces entre associés qui structure les choix de développement de l’activité. Ce qui est intéressant à travers la finance solidaire, c’est d’interroger la manière dont sont gérés et assumés ces rapports de force. Ils existent, que les motivations d’investissement soient solidaires ou non. Parfois, la dimension solidaire peut-elle aussi être source de formes de violence dans les rapports de force qu’elle construit. En ce sens, la question n’est pas tant d’avoir un label qui différencie une finance responsable d’une finance irresponsable que d’ouvrir des débats publics sur la manière dont ces rapports de forces sont gérés, sur la nature des mandats des gestionnaires et sur la manière dont ils sont assumés notamment par rapport à leurs responsabilités vis à vis de la société. La finance solidaire est plus proche d’une démarche de citoyenneté économique que d’une approche de « consomm’acteurs » qui laisserait au seul consommateur la responsabilité de la gestion de véritables enjeux de société. Le fait de poser la finance solidaire comme un secteur va à l’encontre de ce positionnement car elle pose comme postulat qu’il manquerait seulement quelques vertus à une finance classique, s’exonérant ainsi de mettre en lumière les rapports de force qui se jouent au sein de la finance, qu’elle soit solidaire ou non.

Faut il faire grandir la part de la finance solidaire ?

Cette posture a une autre conséquence directe dans la volonté de faire grandir la part de marché de la finance solidaire en partant du postulat que si plus de nos concitoyens étaient au courant de son existence, forcement ils y adhéreraient. Ce constat fait naître des espérances et génère des frustrations auprès d’entrepreneurs qui pensent pouvoir trouver des alliés auprès de la finance « solidaire ». Voici quelques faits pour illustrer que cette réalité est plus médiatique que financière. En 2015, les placements socialement responsables représentent 8,4 milliards d’euros en France soit moins de 2% de l’encourt national (source Novethic). Environs deux tiers de cet encourt est placé sur des actions « éthiques » et un tiers sur le marché obligataire et monétaire. Avec 130 millions d’euros en 2015, l’encourt solidaire représente moins de 2% du total (source Finansol). La majeure partie de cet encourt va sur des activités de crédit (micro-crédit, banque solidaire) ou de dons (ONG, insertion). L’activité de capital risque avec 23 millions d’encourt (0,06% du total) est partagée entre une entrée par public (2/3), une entrée par territoire (1/3) et une entrée minoritaire par l’économie solidaire. Dans le même temps, une campagne sur la finance solidaire permettait de mobiliser des millions d’euros, alors que les sociétés emblématiques d’un développement durable n’arrivent parfois pas à mobiliser régionalement quelques centaines de milliers d’euros pour assurer leur développement. Finalement, ce positionnement génère auprès des entrepreneurs des frustrations car au final, en dehors de la difficulté à trouver des capitaux, ils se retrouvent seuls à assumer les risques.

Enfin, les deux autres points sont plus des questionnements ouverts que des positions mises en débat : Le troisième porte sur la posture souvent généraliste de la finance solidaire. Après quelques années de pratiques, l’entrée, qu’elle soit par territoire, par public, par la proximité ou sur des valeurs, se traduit à son tour par des mécanismes assurantiels. La question de la maîtrise du métier du secteur d’investissement paraît, à moins d’être omniscient, indispensable pour analyser le risque et assumer une posture d’associé. De plus, cette posture généraliste permet difficilement d’identifier les enjeux poursuivis.

Cette maîtrise du métier repose la question du rapport entre l’expert et les tiers. S’il faut une expertise, cela pose la question du contrôle de cette expertise. Nous revenons sur la question de la citoyenneté économique. Comment ne pas laisser aux seuls experts la conduite d’une politique financière ? Comment maintenir un équilibre entre une expertise qui éclaire la décision et une citoyenneté qui assume la prise de décision ?

Pour aller plus loin

Finance-solidaire.com - Site d'information et de ressources sur la finance solidaire

investissementresponsable.com - Tout sur le capitalisme durable

simulation-de.credit - Outils permettant de calculer les échéanciers de remboursement d'un crédit

Investissement-Ethique.com - Penser la finance autrement

 

 

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